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La Napoule, c'était comme passer des entrailles de la terre à la lumière

Publié le par REVEL Stephane

Ouvrier-mineur pendant près de quarante ans à Bruay, Houdain et Sallaumines, Francis Bricout fait partie des quelque 260 anciens mineurs et veuves de la région qui ont pris le train, tôt ce matin, en direction du château de La Napoule. Grâce à la fédération Loisir et solidarité des retraités (LSR), l'ancien lieu de villégiature des Houillères va en effet leur rouvrir ses portes pour une semaine. Hier, à l'heure des derniers préparatifs, l'ancienne gueule noire savourait. Et se souvenait.

 

PROPOS RECUEILLISPAR ARNAUD DÉTHÉE

bruay@info-artois.fr

Ça vous fait quoi de remettre le cap sur La Napoule demain matin (ce matin, ndlr) ?

« On va renouer avec l'histoire de la mine. La Napoule, c'était la belle époque, le lieu de nos premières vacances, mais à vrai dire, j'aimerais déjà être dans le train (il sourit). J'ai été chargé du ramassage et du pointage des participants entre Bruay et Carvin ! Faut voir le travail. J'ai dû préparer des "pass" avec photos, des étiquettes pour les valises et des cartons individuels à distribuer avec le numéro des bus. J'y ai passé ma journée de lundi. L'intendance, c'est un métier ! On doit être à 5 heures du matin à Lille, autant dire que je ne vais pas dormir cette nuit. » Vous êtes nombreux à partir, originaires du Bruaysis ?

« On est une dizaine en tout, de Bruay et Houdain. À 62 et 63 ans, on fait partie des plus jeunes avec ma femme. Il y a pas mal de veuves de mineurs... Je vais voir le sud pour la 3e fois en 40 ans. La toute première fois que je suis descendu, c'était en juillet 1973. J'avais 24 ans. Mineur depuis l'âge de 15 ans. C'était mes premières vacances au soleil avec femme et enfants. Il faut dire qu'en bon fils de prolo, à part le camping de Desvres et Stella, je n'étais jamais allé bien loin. » Quels souvenirs en gardez-vous ?

« Un souvenir mémorable. J'avais eu la chance d'être tiré au sort, ça marchait comme ça. Et dieu sait qu'il y avait des candidats... On avait fait 14 heures de train pour y arriver, au départ de Douai, avec une escale à Paris où on a vu le feu d'artifice du 14 juillet. Le trajet a été une sacrée partie de plaisir. Dans les wagons, ça jouait aux cartes, ça rigolait, les gens étaient heureux d'être là et oubliaient tout le reste. Une fois à La Napoule, pour nous autres mineurs, c'était comme passer des entrailles de la terre à la lumière. Quand on est arrivé au petit matin, il a fallu me pincer, je n'en croyais pas mes yeux... Il y avait tout : la douceur du climat, le soleil, le bleu du ciel et de la mer, des arbres magnifiques, une plage rien que pour nous, et tout ce qu'il fallait pour les gosses. Glaces, boissons, gâteaux, ça coûtait rien à l'époque. Au château, il y avait une salle de bal, une salle de jeux, des terrasses avec vue sur Cannes où on pouvait se la couler douce en prenant un verre avec les copains. Même les excursions, ça ne me disait rien, j'étais bien trop heureux d'être là, les pieds dans l'eau. C'était vraiment la vie de château. Quand on est parti, on a tous pleuré. Moi le premier.

Et j'vous dis pas quand on a revu les terrils après avoir passé Arras sur le retour... Le jour de la reprise, quand je suis redescendu au fond, je n'ai pas su travailler. » Comment appréhendez-vous cette nouvelle semaine de vacances ?

« Ça va faire drôle de retrouver La Napoule presque 40 ans après... Pas mal de choses ont dû changer là-bas. Promis, je ferai les excursions cette fois ! (rires). Je sais qu'on doit visiter une parfumerie à Grasse et faire une mini-croisière dans la baie de Cannes. Un grand bal nous attend, comme à l'époque. Et puis, je vais aller faire trempette, forcément. J'aimerais bien voir l'arrière pays niçois... Ça va nous changer des terrils. Ah, les terrils du bassin minier... je peux le dire aujourd'hui, je n'ai jamais aimé ça. » •

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