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Raviver la mémoire des mines

Publié le par REVEL Stephane

La 3e édition de Kalistoire s’est déroulée hier sur le Carreau Rodolphe à Pulversheim. À travers des expositions et des animations, il s’agissait d’entretenir la mémoire des mines. Alu’zine, la drôle de machine, a ajouté un aspect festif à cette journée.

Quand un mineur rencontre un mineur, les deux hommes se racontent… des histoires de mineurs ! Hier, pour la 3e édition de Kalistoire, la fête du Bassin potassique, sur le Carreau Rodolphe à Pulversheim, le public, s’il n’était pas connaisseur, a pu découvrir l’univers de la mine mais aussi ce qui a marqué la vie du bassin minier. Des photos, des peintures, des objets, des publicités, des documents historiques étaient présentés par différentes associations pour rappeler ce qu’a été la grande aventure de la potasse et la vie des familles de mineurs.

Ceux qui ont connu les dernières heures de la potasse ne sont pas avares de témoignages, en particulier ceux du Groupe Rodolphe, initiateurs de cette journée. « Dans les années de gloire, juste après guerre, on était près de 14 000 à travailler à la mine » , rappelle Thierry, non sans fierté. Et de citer aussi bien les morts recensés dans certains puits que les records journaliers d’extraction. Il parle aussi de la solidarité du fond, de la camaraderie sans laquelle un mineur n’est rien. « En même temps, s’il y a des choses qu’on peut dire, on ne peut pas les transcrire. On a beau parler de la chaleur du fond, des irritations, de la soif, de la poussière, il faut l’avoir vécu pour le comprendre » , reconnaît-il. « Mais si nous ne le faisons pas, qui le fera ? »

Ce n’est pas Jean Misiano, le président du Groupe Rodolphe qui le démentira. « Il n’y a plus de mines de potasse mais on a toujours entre les mains une mine d’or touristique. Seulement, il manque une volonté politique et de l’argent pour redonner vie à ce patrimoine industriel » , souligne-t-il avant de rappeler que ce coin d’Alsace doit sa richesse à toutes les grandes épopées industrielles.

Alors en mémoire des ouvriers et en clin d’œil aux usines qui ont fonctionné dans la région, Alu’zine a été remise en marche. Alu’zine ? C’est une machine étrange, tonitruante, « une usine autonome, roulante, indépendante, qui fonctionne sans chef » , précise Hugo Riottat, un des acteurs de ce projet.

Ce drôle d’engin a été créé en 1997 par les artistes Louis Perrin et Joan Spiess. La machine a fait plusieurs sorties, depuis Bédéciné jusqu’au réveillon des boulons en passant par le salon du livre de Colmar. Elle est même entrée en prison. « Au départ, elle devait faire le lien entre le Carreau et l’Écomusée mais le projet global ne s’est pas fait alors elle a sommeillé presque dix ans dans un hangar. Cette année, pour cette fête, nous avons voulu la remettre en marche » , explique Louis Perrin. « Il y avait beaucoup de choses grippées, il a fallu retrouver un carburateur mais, dans l’ensemble, on a été assez surpris : elle fonctionnait assez bien » , assure Joan Spiess. Avec ses plaques métalliques, ses engrenages, son toit en forme de sheds, ses cheminées… Alu’zine a tout emprunté à l’image de l’usine. Ses pièces proviennent même de machines de célèbres entreprises mulhousiennes. C’est de la mémoire vivante. Et si elle transforme des objets, c’est avant tout une fabrique artistique. Sa remise en service a été au cœur de cette 3e édition de Kalistoire.

« Votre présence, c’est un encouragement à poursuivre notre action en faveur de la mémoire minière. C’est aussi un encouragement pour le tissu social et culturel de notre territoire » , a lancé Jean Misiano avant de citer un artiste autrichien : « Lorsqu’un seul homme rêve, ce n’est qu’un rêve. Mais si beaucoup d’hommes rêvent ensemble, c’est le début d’une nouvelle réalité. » Il veut croire que Kalistoire est un rêve partagé. « Il ne faut pas oublier cette histoire » , a repris Jean-Claude Eicher, le maire de Pulversheim, la commune au cœur de la potasse.

Tous les étés, l’association Groupe Rodolphe, composée principalement d’anciens mineurs bénévoles, propose de découvrir le carreau de l’ancienne mine Rodolphe. L’occasion de découvrir cette immense machinerie mais aussi des histoires humaines.

Les visites guidées auront lieu les 26 juin, 24 juillet, 7 et 21 août ainsi que le 4 septembre. Ouverture de 14 h à 18 h. Départ des groupes toutes les demi-heures. Tarif : 5 €.

L’association participe également à la Journée du patrimoine industriel, le 10 juillet, de 9 h à 18 h. Départ des groupes toutes les demi-heures. Tarif : 3 €.

Les dernières visites de la saison auront lieu les 17 et 18 septembre, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. Ouverture de 9 h à 18 h, départ toutes les demi-heures. Tarif : 3 €.

Par ailleurs, l’association organise des visites de groupe sur rendez-vous toute l’année.

SE RENSEIGNER au 03.89.48.86.54 ou au 06.27.70.63.43.

L'Alsace Le 13/06/2016 05:00 par Élise Guilloteau

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Phosphatières de Bach : une mine d'or inestimable

Publié le par REVEL Stephane

C'est un site exceptionnel encore méconnu : les phosphatières de Bach situées dans le sud du Lot constituent pourtant un patrimoine unique au monde. Une visite s'impose.

Les causses du Quercy sont pleins de surprises. Réputée pour ses paysages contrastés, jalonnée de trésors de pierre, cazelles et dolmens, cette terre d'exception se caractérise aussi par son incroyable sous-sol marqué par de nombreux gouffres et grottes remarquables. L'une des plus grandes richesses géologiques du Parc lotois est sans conteste nichée au creux de ses phosphatières. Situées au sud du territoire, sur la petite commune de Bach, entre les vallées de l'Aveyron et du Lot, plus de 300 cavités constituent un site unique à l'intérêt paléontologique majeur et à l'histoire exceptionnelle.

Avec deux autres spéléologues lotois, Guy Bariviera et Philippe Valette, le géologue Thierry Pélissié s'est passionné pour ces sites naturels extraordinaires. En 1999, ils décident d'ouvrir le site de Bach au lieu-dit Cloup d'Aural au public. «On a ici un gisement de fossiles très riches, très bien conservés. Ça s'étend sur une période très longue de 35 millions d'années. En milieu continental, c'est la séquence la plus longue au monde qui permet de suivre l'évolution biologique, des climats, de l'environnement», souligne le scientifique. Des dinosaures à l'apparition de la vie de l'Homme, les phosphatières de Bach sont une mine d'or inestimable à explorer, un patrimoine quasiment unique au niveau mondial. Pour les chercheurs du CNRS, il s'agit tout simplement d'un «laboratoire naturel de l'évolution».

Autre originalité du site : au XIXe siècle, ces cavités du sud du Lot ont été exploitées pour l'extraction du minerai de phosphate, utilisé à l'époque comme engrais pour l'agriculture. Découverts en 1865, ces gisements ont été en activité de 1870 à 1886 : 2 500 mineurs extrayaient annuellement 30 000 tonnes de phosphate pour une valeur d'un million de francs de l'époque. Par la suite, l'exploitation a continué de façon saisonnière jusqu'à la Première Guerre mondiale puis a été totalement abandonnée.

À la fin des années 1990, l'aménagement du site sur 4 hectares a suscité de vives réactions aux alentours. «La population locale avait une image très négative des phosphatières. Notre objectif était aussi la protection du site qui avait subi des pillages. Mais pour les locaux, quand on a aménagé les lieux, on clôturait le terrain de jeux de leur enfance», se souvient Thierry Pelissié. Seize ans après l'ouverture, les phosphatières de Bach ont été classées en réserve naturelle nationale d'intérêt géologique. Outre l'intérêt paléontologique et archéologique, la grande richesse du site réside aussi dans l'incroyable biodiversité qui s'y développe.

La Depeche.fr

Audrey Lecomte

Publié le 08/06/2016

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Témoignages: la vie des mineurs italiens

Publié le par REVEL Stephane

La vie de mineur, une vie harassante et éprouvante. A l’occasion des 70 ans des accords italo-belges sur le charbon, nous avons récolté différents témoignages qui illustrent la pénible vie de mineur. Ce sont souvent les petits enfants, bien installés en Belgique qui racontent la vie de leurs grands-parents, à la lumière de leurs souvenirs d’enfants.

Ces accords ont eu lieu entre la Belgique et l’Italie au sortir de la seconde guerre mondiale. L’Italie est un pays meurtri dont le bilan économique est catastrophique. Le charbon est alors une matière première de la plus haute importance, elle permet de ralncer toute l'économie. La Belgique a besoin de main d'oeuvre pour travailler dans les mines. Ainsi, on signe l’accord qui promet la venue de 50 000 travailleurs italiens (2000 par semaine) contre l’envoi de 200 kilos de charbon par mineur et par jour en Italie. La Belgique semble alors être l’eldorado des Italiens. Mais les illusions ne dureront pas longtemps, une fois confrontés aux conditions de travail dans les mines.

Double nationalité ou sans nationalité ?

Se déplacer, c’est tout d’abord un déchirement familial. L'intégration dans un nouveau pays à la langue différente ne facilite pas la tâche. Carla Tanzillo Wattel nous témoigne de sa difficulté à revendiquer se origines italiennes alors qu’elle a vécu toute sa vie en Belgique. Née en 1951, fille d’un père immigré en 1949, elle ne parle pas parfaitement l’italien quand elle retourne dans son pays familial. "Mais non tu n’es pas Italienne!" lui dit-on. Elle se sent aujourd’hui "presque totalement Belge". Ce déracinement de 1949 touche donc bien plus d'une génération.

"Chiens admis, Italiens dehors"

Les conditions de vies dans l’Italie d’après-guerre sont si déplorables que beaucoup pensent, avec espoir, pouvoir vivre une vie meilleure en Belgique. Cependant, leurs conditions de travail sont difficiles et l’accueil des Belges n'aide pas.

Raia Salvatore raconte les actes racistes que son père a subi dans son quotidien belge. Il est arrivé dans le Hainaut entre 1954 et 1956 mais a du partir pour Lens en France suite à une bagarre dans un café. A l’entrée se tenait la pancarte "chiens admis, Italiens dehors". Ne comprenant pas le français, le père de Raia est entré. S’en suit l’arrivée de 9 policiers, matraque à la main.

Silva d’Andrea, originaire du Nord de l’Italie décrit les actes de xénophobie que son père a dû vivre. Son père rentre du front de l’Est dans un pays "dévasté par la guerre, la famine et la pauvreté". Il avait le choix de partir en Argentine ou en Belgique et les accords du charbon l’ont convaincu. Il arrive en 1949 et Silva le rejoint avec sa famille en 1954. Il a eu la chance de survivre à l’expérience des mines et de continuer à travailler en Belgique sur les chantiers des tunnels de Bruxelles. C’est finalement la jeune fille qui a le plus souffert du racisme social quand elle n’a pas pu s’inscrire aux humanités classiques.

L’incendie de Marcinelle

Gianni Canova, arrivé en Belgique avec son père, raconte en détail l’histoire de Marcinelle, cette tragédie du 8 Août 1956. A 7 heure du matin, 274 mineurs entrent au Charbonnage du Bois du Cazier s'enfonçant entre -765 et -1035 mètres de profondeur. C’est vers 8 heure au moment de l’échange entre les wagonnets pleins et wagonnets vides que l'incident se produit. Le wagon plein s’arrête à mi-course. C'est la collision avec les wagon qui suit à hauteur de câbles électriques. Le feu ne tarde pas à se développer dans le puits d’air aidant les flammes à se propager vers le bas. Les 262 morts laissent 206 veuves et 404 orphelins. Le rêve d'un eldorado belge aura donc été de courte durée.

Le charbonnage du Roton de Farciennes est le dernier site wallon à avoir été ouvert. Il ferme ses portes en 1984 et on peut maintenant le visiter.

RTBF

Sibylle Aoudjhane

Publié le lundi 06 juin 2016

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L’Histoire de la Mine en Provence, du XVIe siècle au XIXe siècle : Volet N° 2 - Début de l’industrialisation et premières grandes grèves

Publié le par REVEL Stephane

La Révolution Française de 1789 n'empêchera pas les propriétaires fonciers de prospérer.

Si certaines familles, sous la Terreur, seront guillotinées, d'autres profiteront des événements et de l'air du temps pour prospérer. C'est ainsi qu'en 1790, un certain monsieur Juval ouvre de nouvelles mines, une des plus grandes exploitations minières, à la Bouilladisse. L'activité va rapidement se développer, et les prospecteurs chercheront partout de la lignite, de la houille, et des minerais que l'on exploitera dans les terroirs les plus reculés, Fuveau- Gardanne, Mimet, Gréasque. Car la Basse-Provence est un bassin important.

Le charbon partout en Europe est à la mode, et pas moins de trois mille machines à vapeur sont mises en service en Angleterre, mais la France est en retard, elle n'en possède qu' une centaine pour les mines et la métallurgie. Au Creusot, qui se développe tout aussi rapidement, on emploie un nouvel instrument de concassage qui s'apparente au marteau-pilon actuel : le « martinet ». Il est actionné à la vapeur et les premiers wagonnets de transport du charbon circulent sur des rails en bois. Mais en Provence, on observe un retard technique. Les exploitants se désolent que le creusement ne soit pas assez profond. Les puits sont exploités puis abandonnés pour aller se rouvrir ailleurs pour de nouveaux filons. Sous l'Ancien-Régime, l'exploitation appartient au propriétaire du sol, les seigneurs. Après la révolution, les bourgeois prennent le relais et deviennent les maîtres des mines.

Le décret du 28 juillet 1791 décide la nationalisation du sous sol , tandis que le sol en surface reste propriété du maître des mines. Mais les propriétaires se diront « spoliés ». Voici ce qu'écrit un des leurs :

« La loi du 28 juillet 1791 nous dépouille de la propriété de nos mines qui sont mises à la disposition de la nation et qui ne pourront être exploitées qu'avec son consentement et sous sa surveillance ».

Une concession sera accordée par la Nation pour une durée de 50 ans et sera de 575 hectares.

On comptera les premières de la région, sur un secteur allant de St-Savournin, de Peypin, du Vieux-Bouilladisse et Belcodène. Ce qui incitera les exploitants à rendre leurs exploitations « intensives » car beaucoup moins étendues. Pour augmenter encore plus le rendement, voulu « intensif », on emploie également à la mine les femmes et les fillettes, au tarif par jour inférieur à celui des « mendits ». Les mineurs ont le pic ou ce que l'on nomme la « pointerole », ils travaillent toujours dans d'étroits boyaux de 75 cm de hauteur.

Le développement des mines va aller dès lors de paire avec celui de l'industrie, qui se généralisera en France. Avec le développement de l'industrie, croît en même temps chez les mineurs le sentiment d'appartenance au monde du travail, et l'on voit naître un semblant d'organisation des travailleurs de la mine, encore bien trop timide pour faire pression sur le patronat de l'époque, qui considère l'ouvrier comme un paria. Jusqu'en 1830, le monde des mineurs appartient à un semi-prolétariat, mi-paysan, mi-ouvrier, car beaucoup travaillent chez les fermiers en tant que journaliers, aussi bien que chez les maîtres des mines. Ce sont surtout des saisonniers descendus des Alpes, du Massif Central et qui migrent pour trouver du travail dans les mines de la Basse-Provence, grandes recruteuses de main-d'oeuvre. Ces travailleurs feront souche en Provence.

Le travail de la mine en comparaison de celui du manouvrier de la terre est un travail d'esclave, car le tarif d'un maçon ou d'un ouvrier agricole est payé deux fois plus, ce qui ne va pas chercher bien loin, malgré tout. La loi Le Chapelier a interdit les corporations et les regroupements de travailleurs. Cette loi aggrave leur condition de vie, car ils ne sont pas encore en mesure de « discuter sur un même pieds d'égalité avec le patron » Dès 1803, c'est le patron tout puissant qui détient le « Livret » de l'ouvrier. Un livret tenu au jour le jour, par le patron lui-même, et si l'ouvrier ne possède pas ce fameux sésame, il ne pourra pas trouver de travail et pire, pourra être considéré comme un vagabond ou chemineau et emprisonné sans autre forme de procès. Dans « l'Histoire de la France Contemporaine », aux Editions Sociales, Jean-Paul Bertrand écrit au sujet du Code Civil de l'époque : « Le Code Civil ne se préoccupa pas de savoir si l'ouvrier, contraint par la nécessité était incapable de discuter sur un pied d'égalité les offres que lui faisait le patron ».

Le transport du charbon pour être livré aux différents points de la Province se fait généralement à dos de mulet ou par charrette.Mais c'est un transport lent et hasardeux. Alors, les maîtres des mines s'entendent avec les autorités pour faire construire des routes et gagner ainsi du temps et de l'argent sur les transports. en évitant les sentiers de muletiers,

En 1810, le rendement représente sur 7 mois : 9073 charges, soit l'équivalent actuel de 5 tonnes par jour.

Les outils aussi se perfectionnent et on creuse plus profondément.

L'exploitation est de plus en plus profonde, elle peut descendre jusqu'à 180 mètres de profondeur. Les enfants sont plus que jamais surexploités, et les « mendits » privilégiés pour le recrutement. De 10 à 11 ans, pour amener les couffins sur des chariots tractés par les mendits, sur des plans inclinés. Ceux de 14 à 15 ans remontent ces chariots sur lesquels sont chargés les couffins. Les couffins sont ensuite chargés à dos d'homme, pour gravir une moyenne de 95 marches creusées dans les parois.

Malgré le perfectionnement des outils, les conditions de travail n'ont pas changé depuis les premières exploitations du XVIe siècle. Les mineurs n'ont que la « pointerole » pour abattre le charbon, un boyau ne fait que 75 cm de hauteur.

De 1815 jusqu'en 1830, les crises de chômage se succèdent et les salaires se réduisent avec pour conséquence un redoublement de la misère chez les couches défavorisées de la population. Les mineurs sont particulièrement touchés par la baisse des salaires. A titre d'exemple, le maçon bien que très pauvre, gagne par jour, lui, 3 fois plus que le mineur. En 1830, une vague de froid sévit en Provence et les cultures d'oliviers vont être détruites par le gel. Cela réduira les petits paysans qui vivaient de la culture oléicole à la misère. Ils iront encore grossir les rangs des mineurs.

Il règne en France une politique très répressive dans le royaume tout est sous contrôle d'une police politique efficace et organisée, créée par Napoléon premier, mais en Provence, la parole est tout de même restée libre et la vie politique y est intense. Les Provençaux, par tradition s'intéressent beaucoup à la politique. Aussi c'est chez les cafetiers, gargotiers que se tiennent des réunions et se tissent des liens où commence à sourdre une conscience de classe entre les ouvriers, ville et campagne. C'est une époque d'agitation permanente, et de grande misère. Aussi une prise de conscience politique va bientôt naître et se développer, cela commencera à Paris, à Lyon pour se répandre en Province, et Marseille sera dans ce domaine un vivier de contestation. A Lyon, les canuts vont donner l'exemple d'un mouvement d'envergure et pré-insurrectionnel, ils vont détruire les machines qu'ils accusent de créer du chômage en réduisant le nombre de bras. Puis les imprimeries, le textile, la métallurgie seront aussi atteints par les mouvements de mécontentement.

De 1832 à 1834, des vagues importantes de grèves et de manifestations vont être décisives pour les ouvriers et les mineurs.

Dans le bassin de Fuveau (Bouches du Rhône), aux mines de Valdonne et la Bouilladisse, une grève de 10 jours va être décidée par les mineurs, pour l'obtention d'un meilleur salaire. Ils seront poursuivis pour « délit de coalition », (loi Le Chapelier), mais lors de leur procès, le Procureur Général d'Aix, reconnaît que leurs salaires sont bien trop bas pour faire vivre une famille, et que l'huile dont ils ont besoin pour s'éclairer dans le fond de la mine et vendue par le patron, est bien trop chère. Ils obtiendront donc à l'issue de ce procès, satisfaction et la revalorisation de leurs salaires.

Les « mendits » eux, continuent à travailler pour le dixième d'un salaire de mineurs adultes.

Or, entre-temps, la loi a changé. En effet, cette nouvelle loi interdit le travail dans les mines aux enfants de moins de 10 ans. Les patrons passent outre cette loi et continuent à exploiter honteusement les « mendits » de 7 à 8 ans pour leur faire tirer le panier et les chariots. Ces pratiques d'emploi des « mendits » perdureront jusqu'en 1854.

Une loi en 1841 est votée : le travail des enfants de moins de 8 ans est interdit, dans tous les domaines que ce soient.

A suivre...

Sources bibliographiques grâce auxquelles j'ai pu élaborer ce texte :

Ouvrage collectif : « Histoire de mon village » La Bouilladisse. Isidore Gautier, Francis Pelissier, texte de RenéTeule – 2 Juillet 1980 – imprimeries « La Lithotup »

Maurice Agulhon - « Histoire de la Provence » - Editions Privat

Maurice Agulhon et Noël Coulet ( PUF).

La Mine : Encyclopédie Alpha.

par Nicole Cheverney
vendredi 3 juin 2016

Agora Vox

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Histoire de la Mine et des mineurs en Provence de l’Ancien régime au XIXe siècle. Volet N° 1 - Les « tireurs de paniers »

Publié le par REVEL Stephane

Si le grand-public connaît mieux l'histoire des mines du Nord de la France, grâce notamment à Emile Zola qui contribuera avec son œuvre magistrale « Germinal », à faire découvrir au public les terribles conditions de travail et d'existence des mineurs de fond et de leurs familles au XIXe siècle, l'on connaît bien moins l'histoire des mines du Sud de la France et les conditions de vie indignes des mineurs, depuis le début de leur exploitation sous l'Ancien Régime, jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Le bassin minier du Sud de la France s'étend depuis l'Ariège jusqu'aux Alpes-Maritimes. Depuis l'Antiquité, l'exploitation du charbon a toujours été pratiquée. Les Ligures le nommaient le « charbon de terre ».

Dès la fin du XIIe siècle, en Europe, le charbon est utilisé couramment. Mais avec la multiplication des accidents, les coups de « grisou » que nos aïeux nommaient les « vapeurs », l'exploitation en est interdite.

On abandonnera alors cette énergie fossile pour privilégier l'usage du bois, et qui va couvrir la majeure partie des besoins domestiques et économiques.

Mais le bois, surexploité pendant plusieurs siècles d'affilé, commencera à se raréfier.

L'on délaissera petit à petit le bois comme énergie fossile, et dès le XVIe siècle, les édiles en Provence re-découvrent le charbon.

On lève l'interdiction d'exploiter les mines de charbon, et en 1584, une petite concession située à St-Zacharie sera cédée à un bourgeois de Marseille qui le revendra ensuite à un bourgeois de Toulon, car un autre combustible avait le vent en poupe à St-Zacharie, la chaux.

Dès le XVIIe siècle, les Marseillais, grands commerçants, commencent à s'intéresser sérieusement à cette « mine » d' or, que représente l'exploitation charbonnière. D'autant que les filons carbonifères sont énormes et très étendus.

C'est ainsi qu'en 1682, un certain François Roux, un gros négociant marseillais qui fait commerce avec le Levant, achète des terres et les mines qui se trouvent dessus. Dès lors, la famille Roux ne cessera d'agrandir ses possessions charbonnières, ainsi que quelques familles de Peypin, de Belcodène tout cela sur des territoires de plus en plus importants.

Cependant, pour les édiles ces possessions doivent être rentables, aussi les Roux, très en vue à Marseille, inciteront toutes les petites industries marseillaises, fort nombreuses, à rejeter complètement le bois encore utilisé malgré tout et à se mettre au charbon. Les manufacturiers verront, avec cette énergie fossile, une rentabilité accrue : savon, alcool, parfums, carton, suif, faïences, cire, verreries et le « plomb à giboyer », les platrières, mais encore en dehors de Marseille, de Gémenos, de Pichauris, qui s'en serviront pour faire cuire le gypse, également pour raffiner le souffre.

La famille Roux se verra bientôt à la tête d'une véritable petite fortune.

Un calcul rapide nous donne un aperçu de leurs revenus.

14 000 charges de charbon pendant 9 ans, représentent aujourd'hui 1700 tonnes par an de production de charbon, par client. Ce qui pour l'époque est énorme.

Cette très importante industrie demande évidemment énormément de main-d'oeuvre.

Les mineurs de l'époque travaillent dans des conditions absolument épouvantables et indignes, bien pires peut-être, que ce que nous décrit Zola dans Germinal.

A cette époque, adultes et enfants travaillent, sans protection, sans sécurité, cela n'existait pas et ne serait même pas venu à l'esprit, ni des propriétaires des mines, ni des mineurs eux-mêmes qui subissaient leur sort avec fatalisme et un esprit de soumission. La misère aidant, ils considéraient cela comme normal.

Dès 7 ans, l'enfant est envoyé à la mine pour extraire le charbon.

Ce sont les mineurs eux-mêmes qui creusent les boyaux jusqu'aux filons, ce que l'on appelait en Provence des « descenteries ». Des boyaux très étroits, d'une inclinaison de 45 degrés.

Les mineurs, à partir de 14 ans, récoltent le charbon au pic et le placent dans des couffins appelés « ensarris ».

Ils sont aidés par des enfants de 7 à 13 ans que l'on nomme les « mendits ».

Ces enfants remontent à la surface les sacs en suivant les boyaux, et en tirant sur la charge. Ils travaillent nus, avec un chiffon autour des reins, et un petit coussin sur le dos pour le couffin, une charge pouvant varier entre 16 et 25 kilos.

De 16 à 18 ans, les « mendits » portent entre 60 à 70 kilos.

Pour remonter la pente très raide, ils s'aident deleurs pieds et deleurs mains, à quatre pattes, ils s'appuient sur de courts bâtons, pour « mettre leurs bras au niveau des jambes ». Si la galerie est longue, étendue, le charbon est transporté sur un étroit chariot, appelé « couruo », de 1,50 m de long, monté sur trois roues. Un « mendit » de 9 à 12 ans est chargé de tirer le chariot.

Pour cela, il est harnaché comme une bête de somme, avec une courroie de cuir reliée à un ceinturon, la courroie lui passe entre les jambes. Les galeries étant basses, l'enfant est contraint de ramper.

Le recrutement des mineurs, adultes et enfants.

Ils sont embauchés par groupes allant de 4 à 8 ouvriers adultes, assistés des « mendits ».

Ils sont rémunérés à la charge de 120 kilos, mais doivent payer sur leur propre salaire, celui des « mendits ». Ils doivent également acheter les outils, les leurs et ceux des mendits, plus en assurer l'entretien, et une fois ces soustractions faites sur leur salaire, partager ce qu'il en reste, entre les membres du groupe.

Mais les propriétaires des mines, jugeant que le rendement n'est pas assez important, trop « lent », à cause de la technique employée, vont bientôt accroître leur fortune, car les affaires promettent d'être encore plus florissantes, à condition d'y mettre les moyens. Ces moyens, ils vont vite les trouver, avec l'usage de la poudre, pour faire éclater les roches dans lesquelles est emprisonné le charbon. Les ouvriers ne se serviront pas de mèche pour amorcer, mais de joncs, plus économiques, qu'ils fendront sur toute leur longueur, y placeront la poudre et allumeront le feu à son extrémité. Le feu se propagera jusqu'à la charge et fera exploser la roche.

A partir de ce moment, on ne comptera plus le nombre d'accidents, et le nombre de mineurs enterrés vivants avec l'effondrement des galeries.

C'est le début du Capitalisme, et pour les propriétaires que n'émeut nullement la mort de ces enfants qu'ils considèrent à l'égal des animaux, il faut encore augmenter les profits et étendre encore plus ces activités extrêmement lucratives.

Un autre calcul de l'époque nous indique les profits : De 1686 à 1729, pour 5400 livres, les familles de propriétaires s'enrichissent des mines de Belcodène, de St-Savournin , de Peypin, de la Bouilladisse, avec les puits St-Michel de l'Artiguas, du Rencontre, du Hangar, du Cabanon, de Bouffet, de la Souche et des Isnards, en tout 267 descenteries seront creusées.

L'intermède de la Peste de 1720 verra ces activités ralentir, mais sans grandes conséquences sur les fortunes.

La mortalité chez les mineurs est très importante, il faut toujours de la main-d'oeuvre nouvelle.

La peste de 1720 aussi, aura fauché un grand nombre de mineurs. Pour remédier au manque de bras, les propriétaires auront recours à de la main-d’œuvre venue d'ailleurs. Les mines s'étendent et l'on recrute en Auvergne, en Dauphiné, en Languedoc, des Bas-Alpins, comme cela n'est toujours pas suffisant, on pioche dans les orphelinats de Marseille et d'Aix-en-Provence, des enfants, toujours de 6 à 8 ans pour « tirer le panier ».

par Nicole Cheverney
mercredi 1er juin 2016

Agora Vox

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