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Nœux-les-Mines : au musée de la mine, Alain Duty plonge dans l’histoire tout en amusant la galerie

Publié le par REVEL Stephane

Gare à celui qui afficherait un petit sourire condescendant devant la porte d’entrée certes peu avenante du musée de la mine. C’est une claque qui l’attend au sortir de ce petit joyau discret, vivant grâce à une bande de guides passionnés. Alain Duty est de ceux-là.

Un indice ne trompe pas : une petite question qui fait diversion se transforme en une parenthèse longue de plusieurs minutes. Alain Duty, bavard, a réponse à tout. Dans cette mine reconstituée, il est dans son jardin. Il n’est pas prof d’histoire, juste ancien mineur. Partiellement silicosé et sourd comme un pot. L’œil vif et le pas alerte, pour « soixante-huit balais » qui cachent aussi une passion pour le tir à l’arc. Bénévole avec quatre autres guides, Alain Duty accueille en moyenne deux mille visiteurs chaque année dans ce musée tenu par la commune : un trésor ouvert à la fin des années 1970… après avoir redonné vie à deux cents mètres de fausses galeries entièrement vides. « Ici, c’était le centre d’apprentissage des mines, ouvert en 1947. À gauche, c’était les travaux pratiques. On nous apprenait la menuiserie, la ferronnerie, la mécanique. On avait aussi de l’instruction générale », raconte Alain Duty, qui fut pensionnaire du centre avant de descendre à la mine dès 14 ans : l’apprentissage durait trois ans, au rythme de quinze jours au centre, et deux mois au fond. Pour Alain, ce fut de 1960 à 1963.

Les mises en situation de chantier, c’était dans les tailles-école, qui hébergent aujourd’hui le musée. C’est ce qu’on appelle actuellement la « mine image : une représentation de la mine ». Toutes les époques et toutes les configurations y sont représentées : la galerie principale, et les petites tailles ; le boisement à la main jusqu’aux étais par vérins ; l’évacuation du charbon par berlines, puis par convoyeurs à bande. Toutes les techniques de creusement des galeries et d’extraction des gaillettes sont passées en revue. Le langage technique est aussi riche que celui des anecdotes est fleuri. Alain Duty, c’est un mineur qui cause de sa première descente, à quinze ans à la fosse 8 de Verquin, en août 1960. « Ça ne m’a pas impressionné. Je m’étais fait une idée autre. Quand j’étais gosse, un mineur qui voyait un autre mineur, ça parle de mine. J’écoutais… Sur les éboulements, j’avais l’idée que ça tombait comme à Gravelotte… »

Un petit salut à Jules ou à Daniel, les mannequins en tenue qui ne voient plus la lumière du jour, et voilà la surprise du chef : « Vous êtes de taille à remonter par la taille ? » questionne Alain. Là, c’est en rampant que s’effectue la remontée, bordant une simulation d’extraction fortement mécanisée, casque sur la tête. Savoureux, mais physique !

Publié le 04/08/2014 PAR BENOÎT FAUCONNIER ET PASCAL BONNIERE La Voix du Nord

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Les mines et mineurs de Haute-Loire (3e partie de notre série)

Publié le par REVEL Stephane

Des mineurs de fond et leur femme que le travail du charbon a réunis pour la vie. Il fallait une sacrée dose de courage pour descendre dans la cage et supporter des conditions de travail à peine imaginables aujourd’hui. A la surface, les épouses, les sœurs, les mères devaient aussi avoir les nerfs solides, anxieuses à l’idée d’entendre la sirène annonciatrice d’un malheur. Pour nous, ces rescapés de la mine évoquent le monde d’en bas qu’ils avaient, à 14 ou 16 ans, hâte de découvrir... Pour ce troisième épisode consacré à la mine, voici un recueil de témoignages souvent émouvants, parfois glaçants mais toujours passionnés de quatre mineurs et d’une épouse.

Sa passion pour la mine ne l'a jamais quitté. Enfant, Michel Marion voyait les hommes de la famille partir pour la mine. Jean Marion, son grand-père, mineur de fond à La Taupe, travaillait 12 heures sans discontinuer, de nuit : «pour la journée s'occuper de ses champs». Son père Eugène était charretier. Il menait les chevaux ou les ânes au puits de La Taupe. «Un jour, se souvient Michel, l'ambulance de la mine l'a ramené à la maison. En accrochant une benne au convoi, le cheval l'avait gravement blessé en lui donnant un coup de pied. Plus grave encore, une autre fois il eut une partie de la main droite arrachée en accrochant les bennes alors que le cheval tirait.»

Malgré cela, Michel n'a qu'une envie : descendre à la mine comme le faisait son père, et avant lui son grand-père. «Mon père m'en parlait si souvent. Je suis presque né dans la mine.» La première fois, en 1957 (il a 16,5 ans) alors qu'il pénètre dans la cage, Michel est impressionné.

Comme c'est souvent le cas, un mineur expérimenté, ou un copain déjà aguerri, le prend sous son aile. Une fois parvenu à la recette, au fond de la mine à pousser les bennes de 500 kg, l'apprentissage du mineur à proprement dit commence. A l'époque, le salaire qui lui est versé à la quinzaine était de 1 718 francs, soit 165 euros (330 euros par mois).

Des souvenirs ? Heureux ou malheureux ? Michel Marion pourrait à lui seul noircir les pages d'une encyclopédie. Pour être certain de n'oublier personne en bas, le mineur à l'entrée de la cage remettait son jeton numéroté au chef de poste, qui le lui rendait après la journée de travail. «Au puits des Graves, se souvient l'ancien mineur, en hiver, lorsque la glace se formait sur les coulisseaux, le machiniste faisait remonter la cage jusqu'à la tête de puits pour les nettoyer. Nous entendions la cage d'acier couiner. L'avantage à cette saison, c'est qu'il faisait plus chaud au fond.» Chaque jour, avant la prise de poste, le rituel était le même. «A la Chambre chaude, je descendais mon seau numéroté avec à l'intérieur mes vêtements de travail. Il fallait faire attention de retenir la chaîne pour ne blesser personne, ça grouillait de mineurs à ce moment-là. Une fois changé, passage obligatoire à la Lampisterie pour retirer sa lampe et sa batterie sur le banc de charge.


Article publié le 26/07/2014 à 08:54
Auteur : Rédaction L'Eveil

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L'été au musée de la Mine

Publié le par REVEL Stephane

L'histoire, la chronologie, les anecdotes croustillantes savamment distillées par Renée Belières, la guide des lieux, tout y est pour une visite surprenante au cœur de l'univers des mineurs du Bassin.

Souvent affublés du sobriquet de «gueules noires», en raison de leur couleur de peau, maculée de poussière de charbon à la sortie des galeries souterraines, les mineurs ont leur musée. Un vaste lieu où les outils, les témoignages, les anciennes coupures de presse et autres galeries plus vraies que nature accompagnent les visiteurs dans les entrailles de la terre. Car ici, l'épopée, ou plutôt les épopées, minière et industrielle, de ce que l'on avait coutume d'appeler le Pays noir reste profondément ancré dans la mémoire collective. «Chaque année, les milliers de visiteurs que nous accueillons marchent sur les traces de nos ancêtres, qui sont parfois aussi les leurs, c'est une véritable chance que d'entretenir la flamme de la mémoire locale», estime la guide du musée.

Entre émotions fortes et respect pour des conditions de travail d'un autre temps, cette visite rafraîchissante au musée de la Mine Lucien-Mazars retrace fidèlement le quotidien des familles du Bassin voici, seulement, quelques décennies.

En juilet et août, le musée est ouvert tous les jours (sauf le lundi), de 10 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures.

Publié le 28/07/2014 La Depeche.fr

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Annezin: dans les pas du mineur de fond, on pousse la porte de sa maison

Publié le par REVEL Stephane

Il était le fer de lance de nos cités, l’incarnation du courage. Le mineur demeure ce socle autour duquel se sont forgés l’identité et les paysages emblématiques du bassin minier. Patrick Honoré, responsable de la Maison du mineur, nous fait revivre un quotidien rude mais heureux, d’une figure que nous avons tous côtoyé celui d’un grand-père, c’était certainement le vôtre.

Son ombre plane encore au dessus de cette authentique maison de mineur datant de 1880. Faite de briques rouges épaisses, la petite maison de quatre pièces se fondrait à la perfection dans ce qu’il nous reste des Corons. La maison du mineur est un maillon de l’histoire des mines et semble toujours habitée par son âme. « Grâce aux dons d’objets, n ous avons reconstitué un habitat minier typique », précise Patrick Honoré.

Loin de tout misérabilisme, le logement du mineur était à son époque très envié. « Les journaliers agricoles ou les pêcheurs avaient des conditions de vie bien plus difficiles que celles du mineur » Ces hommes constituaient les premiers effectifs de la mine car ils voulaient acquérir un certain niveau de vie.

La maison, témoignage intemporel de vie

Tout est là, le savon et le blaireau posé au-dessus du bassin. Avant de prendre son poste du soir de 14 heures à 22 heures, le mineur se plaisait à s’acquitter d’une hygiène correcte. Les logements de mineurs n’étaient pas pour les gens de mauvaise vie, « le mineur devait se montrer docile, car il dépendait du bon vouloir des compagnies des mines. »

Dans la cuisine, des verres et des assiettes trônent sur l’épaisse table de bois, ils ne craignent pas la poussière. Il y a cent ou cinquante ans en arrière, il était assis là, les mains encore noircies par le charbon, la mine ça lui collait à la peau. Il abandonnait ses galoches et se réchauffait près du poêle, le crapaud. Le mineur passait du temps en famille. Même si à la sortie de son poste, il aimait dépenser quelques sous de sa quinzaine à l’Estaminet du coin. Puis il rentrait engloutir son rassacache, le plat typique du mineur, cuisiné sur la charbonnière.

La cuisinière, aussi pour les prématurés

Cette cuisinière au charbon promettait également une santé de fer : « Ils mettaient les enfants prématurés dans une boîte à chaussures remplie de coton hydrophile et l’installait sur la porte ouverte de la charbonnière pour le réchauffer. » Pour augmenter ses chances, le mineur priait la Sainte-Barbe, la protection des mineurs.

Dans la rue, c’est la solidarité et l’atmosphère d’un coron. Les cris des enfants résonnent et les hommes assis sur leurs chaises devant la maison, leur prêtaient une surveillance furtive.

Mais l’innocence de ces moments partagés en famille et entre amis, sera bientôt chassée « la cadence infernale de la mécanisation des Mines et l’avènement des mines nationalisés et son rendement infernal ».

Musée du mineur, 11, rue Deguesclin à Annezin, 0321567774, ouvert le premier samedi du mois de 10h à 12h, entrée gratuite.

Ces objets qui peuplent un musée pas comme les autres

En entrant dans la maison, l’authenticité des lieux est frappante, et grâce notamment à la présence de tous ces petits riens, grand héritage des cités minières. C’est à travers ces différents objets que l’on perçoit mieux comment vivaient le mineur et sa famille.

Les galoches sont les chaussures de travail du mineur, elles sont faites en cuir avec une semelle de bois.

La brique réfractaire, l’ancêtre de la bouillote. La brique était chauffée sur la charbonnière et disposée sous les couvertures en bout de lit.

Un crapaud, c’est un poêle flamand qui chauffait toute la maison et pouvait également servir pour la cuisine.

La charbonnière ou la cuisinière que l’on remplissait avec le charbon et des morceaux de bois. Elle permettait de cuisiner, de faire chauffer l’eau du bain et de la lessive et de faire sécher le linge tendu sur la corde au-dessus du foyer.

La barrette du mineur, c’est un casque plat en cuir bouilli faisant office de casque pour protéger le mineur de la chute de cailloux.

Le béguin c’est la coiffe en tissu portée par le mineur sous la barette.

Le bout’lot c’est un bidon métallique contenant la boisson du mineur.

Le briquet c’est le casse-croûte du mineur.

Une raccource c’est un petit morceau de bois que l’on mettait dans la charbonnière.

Le genièvre, c’est une boisson typique du mineur qui dégageait les voies pulmonaires et digestives, il en buvait avant de prendre son poste à la mine.

La rassacache, c’est le plat typique du mineur fait de légumes retirés de la soupe.

La musette, c’est le sac à casse- croûte du mineur.

Les corons, c’est un alignement de maisons semblables.

Publié le 31/07/2014

PAR AICHA NOUI

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Des corons aux Camus, les visages de l’habitat minier

Publié le par REVEL Stephane

Pendant deux siècles, le paysage rural du Nord-Pas-de-Calais fut modifié par la construction massive de cités minières, classées aujourd’hui au patrimoine mondial de l’Unesco.

Au début du XXe siècle, le géographe Paul Vidal de La Blache, en voyage dans le nord de la France, note : « Autour des puits de mine dont les silhouettes bizarres hérissent la plaine agricole de Lens, les rangées de corons s’alignent uniformément par huit ou dix : tristes petites maisons que rien ne distingue entre elles, nées à dates fixes, pour encadrer les mêmes existences multipliées comme les zéros d’un nombre. » Quelques années plus tôt, préparant Germinal, Émile Zola avait multiplié, dans ses Carnets d’enquête, les descriptions lugubres de cet univers de labeur. Exploitant les veines de charbon, le capitalisme industriel cherchait à attirer et retenir une main-d’œuvre corvéable. L’attribution de logements fut un élément de cette stratégie.

Les corons, une époque révolue

Archiviste au Centre historique minier du Nord-Pas-de-Calais, à Lewarde, Virginie Debrabant tient à préciser : « Les corons ne représentent qu’un court moment, de 1825 à 1890. Ils marquent le premier âge des cités minières qui ont évolué en cités pavillonnaires, cités-jardins, et cités modernes Camus. » Ainsi, les corons, qui ont tant marqué les esprits, ne sont-ils que les vestiges archéologiques d’une époque révolue.

Entre 1720, découverte de la première veine de charbon, et l’exploitation intensive qui démarre un siècle plus tard, les ouvriers, issus du monde agricole, prenaient pension dans des familles. Les premiers logements miniers datent de 1825, à Denain, construits par la Compagnie d’Anzin. Les premiers « corons » sortent de terre à Nœux et Bruay en 1852 pour absorber l’arrivée massive de la main-d’œuvre. Ils émergent autour du chevalement de la fosse dans un paysage de campagne. La configuration architecturale est des plus sommaires.

> Lire aussi : Les mots des corons

Une amélioration de la qualité de vie pour retenir révoltes et miniers

Peu à peu, les compagnies commencent à faire des efforts pour améliorer la vie de leurs ouvriers dans le but de retenir la main-d’œuvre, abondamment sollicitée, et de couper court aux revendications sociales. Des arbres sont plantés dans les rues, des aires de jeux installées et les équipements sociaux regroupés sur une place. Des jardins individuels permettent de cultiver un maigre lopin de terre, d’y installer clapiers, poulaillers, pigeonniers et petits ateliers, afin que « la classe laborieuse » s’adonne à des « loisirs hygiéniques », au lieu d’aller se perdre dans des assommoirs où pourraient fermenter des germes de révolte. Les premiers estaminets seront ouverts par des mineurs licenciés, au bout des cités. C’est bien de ces repaires, lieu de rassemblement et siège des syndicats, que jailliront les mots d’ordre des grèves.

Que l’on songe un instant à cet afflux soudain de population. « En 1852, Lens n’est encore qu’un gros bourg rural qui compte deux mille habitants. En 1900, ils sont déjà 20 000, dix fois plus, rappelle Marlène Virey, à l’office de tourisme. La Compagnie de Lens construit ses premières cités minières. En 1914, juste avant d’être détruite et rasée par les bombardements, Lens compte 36 000 habitants, soit l’équivalent d’aujourd’hui. » Indication locale d’un mouvement général. Les 10 000 mineurs de 1850 seront 218 000 en 1947 (400 000 avec leurs familles), venus d’une trentaine de pays, à la grande période de la Reconstruction, apogée de leur puissance, où tout leur est accordé. Ils sont les héros productivistes d’une nation en manque d’énergie.

Des sanctions pour les jardins mal entretenus

En 1870, les compagnies délaissent les corons, exigus, insalubres, pour un nouveau type de construction, dessiné par les ingénieurs : les cités pavillonnaires. Par souci du confort des mineurs mais aussi par mesure de prévention. Les corons pèsent trop lourd. Le sol, truffé de galeries, s’affaisse. Chaque maison possède sa cour fermée avec dépendances et grand jardin dont la superficie, au fil du temps, augmente considérablement (de 50 à 1 300 mètres carrés).

Cet agrément, indéniable, est aussi un piège, souligne l’historien Yves Le Maner : « Le potager, présenté comme un complément de salaire et un loisir hygiénique, constitue un fil à la patte pour l’ouvrier. La Compagnie organise des concours de plus beaux jardins et sanctionne, par une amende, ceux qui ne l’entretiennent pas bien. » L’écrivain Dominique Sampiero rappelle que « des chefs porions surveillaient l’entretien des jardins, des trottoirs et la bonne conduite des habitants ».

Une cité pavillonnaire récompensée à l’Exposition universelle de 1867

Chaque compagnie affirme sa puissance par l’architecture de sa cité. Avec son « Coron des 120 », « modèle de salubrité et de confort pour l’habitat ouvrier », la Compagnie des mines d’Anzin est récompensée à l’Exposition universelle de 1867. Le style de la Compagnie des mines d’Aniche se caractérise par des corps de bâtiments à double ou triple pignon, des jeux de briques rouges et blanches, parfois vernissées bleues, des toitures alternant pans brisés, lucarnes pignons centrés et des pans surélevés, des fenêtres et des portes reconnaissables à leurs linteaux en arcs simples, brisés ou de plein cintre. La Compagnie de Lens se distingue par son utilisation de la pierre meulière pour les soubassements.

Cette déclinaison s’accompagne d’une hiérarchisation des logements qui reproduit la séparation des classes. La maison du directeur est couplée avec l’église. Les ingénieurs disposent de « châteaux » aux styles éclectiques. Les maisons des porions et des employés, plus grandes et mieux organisées que celles des ouvriers, encadrent l’entrée de la fosse. « En 1865, souligne Virginie Debrabant, hors terrain, la maison du directeur général de la Compagnie d’Anzin équivaut en surface à quatre maisons d’ingénieurs, 17 maisons d’employés, 62 maisons d’ouvriers. »

Début du XXe siècle, l’âge d’or des cités minières

La Compagnie de Dourges crée la surprise en 1904 avec ses cités-jardins dont l’originalité tient à l’aménagement de l’espace et à une plus grande ouverture sur l’extérieur. Les ingénieurs ont cédé la place aux architectes qui imposent le « style pittoresque » : toits en accent circonflexe ou à quatre pans, colombages normands, murs extérieurs en briques blanches et rouges, décors nombreux, fenêtres en plein cintre. Bientôt, des touches « art déco » et « art nouveau » seront ajoutées. Les « carins » (dépendances) sont intégrés au logement comme pièces supplémentaires. C’est l’âge d’or des cités minières. On y naît, on y vit, on y meurt.

Après les destructions de la Seconde Guerre mondiale, pour relancer l’économie, la « bataille du charbon » est engagée. En 1946, les houillères sont nationalisées. Les mineurs obtiennent un statut unique qui s’étend, encore aujourd’hui, à leurs ayants droit : sécurité sociale et retraite spécifiques, soins et logement gratuits. Dans l’urgence, des baraquements sont installés, anciens camps de prisonniers de guerre, récupérés dans les cantonnements britanniques, chalets en bois venus d’outre-Rhin au titre des dommages de guerre.

> À visiter : La cité de la Clochette et Notre-Dame-des-Mineurs

Les Camus, des préfabriqués en béton gravillonné

Cet expédient ne dure pas. En 1954, un nouveau type de construction en série renoue avec l’uniformité des premiers temps : les Camus, du nom de leur inventeur. Symboles des cités modernes, ces maisons préfabriquées en béton gravillonné, au toit plat, obéissent à des principes édictés par Le Corbusier : espacement des logements, air, lumière, organisation. « Des panneaux d’un étage de haut, de 2 à 7 mètres de long, de 20 à 25 centimètres de large, pesant de 2 à 7 tonnes, sont transportés sur une courte distance et assemblés en deux semaines. Une pièce est constituée à partir de six panneaux dans lesquels les fenêtres, les carrelages et les installations électriques sont déjà incorporés », résume Virginie Debrabant.

« Camus haut » et « Camus bas », selon le nombre d’étages, mal conçus et mal adaptés, se révèlent inconfortables, incommodants. Les habitants souffrent dans ces structures impersonnelles aux matériaux inadaptés (fenêtres en métal, fibrociment). On parle aujourd’hui de les détruire plutôt que de les réhabiliter.

L’aube du tourisme minier

Depuis le 30 juin 2012, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est classé au patrimoine mondial de l’Unesco, au titre de « Paysage culturel évolutif ». Entre un tiers et la moitié des 78 000 logements actuels, représentatifs de tous les âges de cette épopée industrielle, répartis dans 563 cités minières, sont occupés par les mineurs retraités ou leurs ayants droit ; le reste, par des locataires, ouvriers ou chômeurs, aux revenus très modestes.

« Après le classement de l’Unesco et l’ouverture du Louvre-Lens, le tourisme minier prend forme, note Marlène Virey. Il tend à combler la perte de mémoire et redonne de la fierté à ce qui demeurait, depuis la fermeture des puits en 1990, la trace et le souvenir d’une vie trop dure. »

JEAN-CLAUDE RASPIENGEAS, au Pas-de-Calais

La Croix 24/7/2014

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Auchel : l’authentique mine-école

Publié le par REVEL Stephane

À quelques kilomètres de Bruay, un musée qui provoque invariablement le même bête jeu de mots: «il ne paie vraiment pas de mine».

Et pourtant…

L’homme qui nous accueille, c’est Daniel Vos. Il a un lien tout à fait singulier avec le musée qu’il présente: «J’ai appris mon métier de mineur ici, dans les années 60. À l’époque, c’était une mine école. Les Charbonnages du Nord-Pas de Calais l’avaient conçue juste après la guerre. On était écolé quelques semaines avant d’aller au fond. Quand les mines ont commencé à fermer, c’est parti à l’abandon. Puis des bénévoles emmenés par Jacques Deramaux ont restauré le site, ramené du matériel, conçu des visites. Aujourd’hui, c’est moi qui préside l’association. On est quelques anciens mineurs mais on a désormais avec nous des jeunes qui sont tout aussi passionnés même s’ils n’ont plus connu les mines en activité.»

Dans ce musée, on pourrait dire que tout est faux et que tout est vrai à la fois. C’est faux parce que ce n’est pas une mine, ça ne l’a jamais été. Mais c’est vrai parce que c’était une vraie école représentant des tronçons de mine grandeur nature sur 250 mètres de long. Avec un souci du réel sidérant. Pour que les apprentis soient au plus près de ce qui les attendait. Tout respire l’authenticité. On a l’impression que si l’exploitation charbonnière reprenait, la mine-école pourrait rouvrir sur le champ.

Dès l’entrée, la cabine de «descente» vibre, tremble, hurle. Dans le noir total. Lorsque la grille s’ouvre enfin, on devine une galerie étançonnée, faiblement éclairée. Puis sur la droite, un long boyau, beaucoup plus «bas de plafond», qui plonge vers on ne sait où… Ici, si l’on ne doit pas ramper, on ne peut qu’avancer à genoux. Quelques mètres plus bas, on débouche dans une nouvelle galerie où on peut se tenir debout à nouveau. Au loin, un cheval de mine et son écurie. Des wagons prêts à emmener les mineurs… D’autres pour acheminer le charbon. Et dans de nouvelles galeries des tapis roulants, un énorme rabot à gratter la veine, des marteaux pneumatiques: tout fonctionne dans un fracas assourdissant.

Et puis à l’amorce d’une énième galerie, une table garnie d’une nappe vichy rouge et blanc. «Les jours d’animation, on sert le briquet, celui que les trieuses (et épouses de mineurs) préparaient: du pain avec du saindoux, et puis du café…» Daniel Vos, comme ses collègues, peut vous faire vivre la mine des heures entières. Ses parents étaient mineurs, ses grands parents l’étaient… «Et ils ne voulaient pas que je le sois. J’ai donc fait le couvreur-zingueur quelques années, avant de me faire embaucher à la mine.» Lorsqu’il perd son emploi, il devient ouvrier chez Simca. Puis avec la crise du pétrole dans les années 70, le charbon reprend. «Et j’y retourne, mais comme porion (chef d’équipe) cette fois, ce qui était mon rêve de gosse…». Quand les mines ferment pour de bon il achève sa carrière à l’air libre, dans la gestion de terril.

La retraite venue, le voici à la tête du «musée de la mine». Passion intacte, faut-il le préciser.

museedelamine-auchel.com00 33 321 52 66 10

Tournai l'avenir.net

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Visiter les mines d’Ostrava : musée, lieu de mémoire ou patrimoine ?

Publié le par REVEL Stephane

Ce n’est pas sans raison que la région d’Ostrava, troisième ville tchèque, était surnommée du temps du communisme le « cœur d'acier de la République ». Dès lors que le charbon y a été découvert en 1763, et à l’instar des vastes transformations liées à la révolution industrielle, les villages d’antan ont progressivement laissé place à un immense bassin minier, devenu le centre industriel le plus important de l’Empire austro-hongrois. L’extraction de la houille a attiré des centaines de milliers d’ouvriers au cours du siècle dernier, et tandis que les usines modernes d’OKD et d’ArcelorMittal fonctionnent à plein régime, d’anciennes mines ayant fait la gloire de la ville sont aujourd’hui ouvertes au public. Qu’est-il exposé au visiteur ? Comment les visites sont-elles mises en scène ? Comment ce lieu chargé d’histoire adopte-t-il ses nouvelles fonctions d’espace culturel ? Autant de questions auxquelles Radio Prague a cherché des réponses lors d’une visite à la mine Michal.

Deux arrêts de bus seulement après le zoo de la ville, les visiteurs se retrouvent devant d’imposants bâtiments de brique rouge derrière lesquels apparaît une sorte de belvédère aux jambes d’acier, la fameuse tour d’extraction haute de près de 42 mètres. C’est dans l’enceinte de ces bâtiments que, depuis l’excavation du premier puits en 1843 jusqu’à la remontée du dernier wagon le 30 mai 1993, des générations de mineurs ont opéré à des niveaux pouvant atteindre 670 mètres de profondeur, dans des galeries parfois larges de 50 centimètres à peine. Pour la seule année 1916, plus de 385 400 tonnes de houille ont été produites à la mine Michal.

La restructuration de l’industrie lourde mise en place par le nouvel État tchèque dans les années 1990, qui visait en priorité à l’assainissement de l’environnement, a impliqué la fermeture de nombreuses mines. Certaines, comme les sites Landek et Michal à Ostrava, ont été ouvertes au public. Alexandr Zaspal, administrateur de la mine Michal, présente les lieux :

« Vous êtes ici dans un Monument national technique, un important site industriel qui inscrit Ostrava dans l’histoire comme haut lieu d’extraction et de production de charbon. Il est assez similaire aux sites que vous pouvez trouver en France, en Belgique ou en Allemagne, et ce en raison de la ruée vers l’or noir que l’Europe a connue au début du XXe siècle. Énormément de gens ont été impliqués ici dans l’activité minière. »

Si les vestiaires de la mine Michal étaient conçus au départ pour 1 512 mineurs, les effectifs réels dépassaient souvent ces prévisions et, durant la seconde moitié du XXe siècle, ils ont même été doubles. Après avoir récupéré dans une première salle leur plaque personnelle numérotée qui permettait de pointer leur présence, les mineurs passaient du vestiaire pour les vêtements de ville au vestiaire pour les vêtements de travail. Suspendues à des chaînes sous une toiture aérée, les tenues généralement humides et trempées de sueur pouvaient ainsi sécher pendant les heures de repos. L’équipement complet d’un mineur (bleu de travail, bottes, lampe, casque, gants, masque à gaz, massue, pioche et barre à mine) pesait environ 40 kilos.

Du haut de la tour d’extraction, un ascenseur à trois étages d’une surface de 2 m2 chacun descendait quarante-deux personnes le long des dix-neuf paliers que comptait le puits principal. Un deuxième ascenseur transportant le matériel faisait contrepoids, ce qui entraînait parfois une vitesse exceptionnellement rapide. Le système de la mine Michal était électrifié. Dans la salle des machines, on peut admirer les énormes compresseurs à piston, turbocompresseurs, convertisseurs rotatifs et autres fiertés du génie civil installés en 1912 et restés en service jusqu’aux derniers jours d’exploitation.

La possibilité de présenter au public ces lourds engins reluisants mais d’époque constitue, selon Alexandr Zaspal, une des raisons pour lesquelles la mine Michal a été choisie par la ville d’Ostrava pour faire connaître l’histoire minière de la région. Il expose :

« Je pense que la première raison vient du fait que ce site est clos et précisément défini. La deuxième est que nous disposons à la fois de tours minières, d’une salle des machines, de chaudières et d’autres vestiges d’époque. Par ailleurs, une autre raison vient du fait que la mine est très bien située à Ostrava, les visiteurs peuvent venir en transport en commun. Enfin, l’architecture également est précieuse, parce que les bâtiments ont été construits selon les plans de František Fiala, un architecte tchèque de grande influence qui a été élève de l’école Wagner. On peut trouver ici certains éléments typiques de ce que l’on a appelé au début du XXe siècle l’art nouveau. »

Une partie de la visite se déroule dans différentes salles du bâtiment administratif où se trouvent entre autres l’infirmerie, le local d’enregistrement, la buanderie, la chambre des repriseuses, ou encore le bureau des ingénieurs et géographes où sont présentés divers objets de mesure, microscopes, pendules, cartes, plans, registres, lunettes, tampons, ainsi que les fameuses lampes servant à déterminer le taux de méthane dans l’air que la technique a substituées aux petits oiseaux et autres rongeurs. Dans ce cadre historique d’une valeur architecturale reconnue, voir ainsi exposés les vestiges de l’époque minière peut donner l’impression de visiter un musée. Mais Miloslav Rucki, ingénieur des lieux et responsable des tours guidés, refuse cette qualification :

« La différence entre la mine Landek et la nôtre, c’est que, là-bas, ils ont fait des rénovations. Les bâtiments ont été reconstruits, de nouvelles fenêtres ont été posées. Ici, nous ne sommes pas un musée, mais plutôt un site conservé dans l’état des derniers jours de la mine. Les locaux sont restés tels que les mineurs les ont laissés derrière eux après que le dernier ascenseur est remonté de la mine. Voilà pourquoi ce site est précieux, et cela nous vaut d’ailleurs d’être répertoriés sur la Route européenne du patrimoine industriel comme deuxième étape la plus importante en République tchèque. »

La mine Michal est devenue propriété du Ministère de la culture en 1994 et a été placée sous le contrôle de l’Institut des monuments d’Ostrava puis de l’Institut national du patrimoine. Les administrations publiques fournissent depuis plusieurs années un effort visible pour qu’elle soit préservée dans l’état de sa plus ancienne reconstruction datant de 1912. Les étudiants de l’Université technique d’Ostrava, l’ancienne École des mines, ont même pris part à la réparation d’une turbine à vapeur qui produit de nouveau de l’électricité sous les yeux des visiteurs. Les jeunes se trouvent ainsi directement impliqués dans la conservation de l’héritage industriel d’Ostrava, et, en contribuant à transmettre cet héritage aux prochaines générations, ils honorent précisément le concept de patrimoine. Les étudiants de l’Université technique ne sont pas seuls à faire revivre la mine Michal. Très régulièrement, des toiles ou des objets d’art sont exposés sous le millier de chaînes qui pendent encore dans les vestiaires. Alexandr Zapsal explique :

« Je ne peux pas citer de noms en particulier, mais il y a eu beaucoup de sculpteurs et de peintres qui ont été inspirés par Ostrava. Nous avons ici à Ostrava une université de peinture et de sculpture, et la mine Michal sert souvent de galerie à ces étudiants, où ils présentent leurs œuvres. C’est là pour ainsi dire que débute leur vie d’artistes. »

En effet, comment mieux reconvertir de vieux locaux, privés de leurs anciennes fonctions, qu’en y organisant des événements tels que des expositions, des concerts, des cours de peinture ou encore des ateliers ludo-éducatifs pour les enfants ? Robert Šafarčík, dont les peintures sont exposées ce mois-ci, a justement présenté ses dessins l’été précédent dans les fameuses usines sidérurgiques de Vitkovice lors du festival de musique Colours of Ostrava. Ainsi, les rendez-vous à caractère social et culturel donnent une seconde vie aux bâtiments industriels délabrés de la ville, l’idée étant aussi et surtout de créer un lien entre les habitants d’Ostrava d’hier et ceux d’aujourd’hui. Grâce à ces événements, nombreux sont ceux à se déplacer régulièrement à la mine Michal, ce qui la distingue définitivement d’un simple musée. Alexandr Zapsal se félicite notamment de la visite des familles d’anciens mineurs :

« Bien sûr qu’ils viennent, et nous en sommes très heureux, très reconnaissants. Nous sommes notamment heureux que les enfants de mineurs voient comment leurs parents, leurs grands-parents et leurs arrière-grands-parents ont travaillé et où certains d’entre eux ont passé leur vie entière. Nous essayons de créer des événements pour qu’ils viennent, pour qu’ils se souviennent de l’histoire d’Ostrava et de l’histoire des mines. »

L’organisation de ces activités offre encore à la mine Michal de figurer parmi les douze lieux d’intérêt industriel et touristique relevés par l’Agence pour le développement régional, reliés entre eux suivant le tracé d’un circuit appelé Techno Trasa (Parcours Techno). Ces lieux issus de l’industrie lourde, qui constituent donc l’héritage le plus important de la Silésie-Moravie, ne deviendraient-ils pas, au-delà encore du fait de représenter le patrimoine de toute une région, ces « lieux de mémoire » que l’on dit composés des éléments matériels et idéels des mémoires collectives ? Chargés de repères et d’affects que partagent les membres d’une même communauté, ils œuvrent symboliquement à réintégrer leurs histoires personnelles à la grande histoire collective. Alexandr Zapsal poursuit :

« Nous essayons de préserver l’histoire de l’activité minière, qui s’est arrêtée ici il y a seulement vingt ans de cela, à l’attention des prochaines générations, pour les enfants, nos descendants, afin de leur faire savoir combien c’était dur de travailler dans les mines. » Dans la mine de Landek, une plaque commémorative a été installée à la mémoire des anciens mineurs et des secouristes morts dans les galeries. Pas une année n’est ainsi passée sans que l’on ait eu à déplorer la perte d’une vie dans les mines.

En l’occurrence, pour les administrateurs de la mine Michal, la volonté de faire mémoire s’entend par l’effort de conserver l’endroit dans l’état exact où l’exploitation s’est achevée, comme si le temps s’était arrêté depuis 1994, à l’image de la chambre d’un défunt qu’une forme de deuil voudrait qu’on laisse comme telle.

L’identité minière de la région d’Ostrava vit une redéfinition constante avec l’évolution des activités industrielles qui continuent de représenter le secteur numéro un en Silésie-Moravie. Mais cette identité est bel et bien déjà forte de tout un passé, à la fois glorieux et douloureux, que construisent ces « lieux de mémoire » liés à l’histoire des mines, et qui tentent à leur manière de construire une certaine forme de vivre ensemble.

Radio Praha

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L'Anjou, six pieds sous terre

Publié le par REVEL Stephane

Quel vacancier ne lève pas le nez au ciel, l'été venu, pour s'assurer de la météo du jour ? C'est à une tout autre gymnastique que la rédaction d'Angers Mag invite les touristes et curieux autochtones, durant les semaines qui viennent : un mouvement de tête, de haut en bas, jusqu'au sol... ou au sous-sol plus exactement. Réputées pour leur diversité géologique, les profondeurs angevines ont façonné l'histoire de ce pays, du schiste ardoisier au falun, de l'argile à la houille, de l'or maugeois au fer segréen. Le temps a depuis fait son œuvre, consacrant certains sites, en enterrant d'autres. Sous le vernis touristique, notre plongée six pieds sous terre vous propose des visites insolites, parfois méconnues, toujours instructives au cœur de l'Anjou souterraine. Là où il fait toujours beau...

La vie de mineur. Une vie de labeur. Et de bonheur aussi. Forgée par des années d’amitié et de solidarité autour de la mine. C’est tout cela qu’on vous raconte quand vous pénétrez sur le site de la Mine Bleue à Noyant-la-Gravoyère, au cœur du Segréen.

Dans cette petite commune ouvrière, l’extraction d’ardoise a fait vivre des générations de mineurs, débiteurs, fendeurs... Tous ces métiers qui ont façonné des gueules, des caractères, des bandes de copains, et des souvenirs. “La Mine Bleue, c’est la mémoire des mineurs”, lance Guy, 27 ans “de fond”, qui quotidiennement passe sur le site touristique, des anecdotes plein les yeux. Bleus comme le schiste sous ses pieds.

Par un funiculaire, en quelques minutes, le visiteur se retrouve 126 mètres sous terre. Première impression plutôt fraiche (13°C permanents) et humide. On emprunte ensuite un petit train – récupéré dans une mine de charbon du Nord – pour commencer la visite à travers les galeries. 1 km sur les 5 existants se visite aujourd’hui.

Les forçats de la pierre bleue

Une fois quitté les étroits wagonnets, le visiteur arpente alors les galeries avec le guide, s’arrêtant dans les chambres, ces grandes cavités creusées par l’extraction des blocs d’ardoise. On y apprend que les mineurs travaillaient en phase descendante ou montante, qu’ils attaquaient la pierre dans le sens nord-sud. Et moults petits détails sur la vie quotidienne de ces forçats de la pierre bleue, racontée notamment via un film d’une dizaine de minutes.

Une fois remontés “au jour”, les visiteurs profiteront d’une démonstration de fente d’ardoise. Accueillant ces dernières années quelque 40 000 visiteurs par an, le site touristique a bien failli fermer ses portes à la fin 2013. La société qui exploitait les lieux - propriété du Pays segréen – était financièrement au fond du trou. C’est donc la collectivité locale qui a repris l’affaire en mains pourune énième réouverture. Car la Gatellière en aura connu des hauts et des bas.

La nécessité de se renouveler

Ouverte en 1916, elle fermera 20 ans plus tard. Le riche banquier angevin qui la possédait est enseveli sous la crise financière. La société des Ardoisières d’Angers la rachète... sans l’exploiter. Seule la mine voisine deMisengrain a été exploitée jusqu’en 1999.

C’est en 1991 que la municipalité de Noyant-la-Gravoyère et son tenace maire de l’époque, Daniel Dupuis, décide de transformer les lieux en un site touristique, baptisé la Mine Bleue. Partie en trombe – plus de 100 000 visiteurs par an – la fréquentation s’essouffle. Le site fermera ses portes au début des années 2000, avant d’être relancée en 2007 par une société privée jusqu’en 2013.

“Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ce genre de lieux nécessite de gros moyens en fonctionnement et en investissement”, souligne la dynamique directrice adjointe Alexandra Brisson. Et pour valoriser le site, les idées fourmillent. “On va développer les activités ludiques et pédagogiques autour de l’ardoise. On essayer de recréer l’ambiance du dimanche des mineurs. Ils travaillaient toute la semaine, et le dimanche, ils se retrouvaient sur la butte pour déjeuner et jouer ensemble”.

Tout un programme à mettre en œuvre, et à renouveler, pour que les visiteurs viennent et reviennent. En attendant, la Mine Bleue propose toute une série d’animations estivales (visite contée, soirée jazz...).

www.laminebleue.com

AngersMag

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Toulon – Un parc nature autour de la Mine de Cap Garonne du Pradet

Publié le par REVEL Stephane

Pour Roger Murena, président de la mine du Cap Garonne, la mine n’est pas seulement un site touristique. C’est aussi un lieu qui livre, chaque année, ses trésors cachés.

Car, peu de gens le savent : la mine est un lieu où l’on pratique de la recherche de manière continue. Récemment encore, il a été découvert trois nouveaux minéraux qui porteront le nom de « Pradenite », « Gardénite » et « Carqueranite ». Trois noms qui symbolisent le partenariat des 3 communes : Le Pradet, La Garde et Carqueiranne.

D’ailleurs, pour Jean-Louis Masson, le maire de La Garde, « La mine du Cap Garonne est un engagement militant. Elle œuvre à la conservation, à l’embellissement et la promotion de l’ensemble du site. Ici dans le Var, il n’y a pas que les plages et les parasols ! Il y a aussi cette belle mine qui fait partie des plus beaux sites d’Europe, voire du Monde. Mais, pour mener à bien nos projets, nous avons besoin des 3 communes, de l’équipe de la mine et de l’association des amis de la mine ». Pour Hervé Stassinos, maire du Pradet, « Mieux que l’or (référence à la légende de la mine où l’on chercha de l’or en vain), nous avons une équipe, des associations dynamiques, un site magnifique. Différents projets sont prévus pour mettre en valeur ce site, autant portés par la ville du Pradet que par le syndicat des trois communes ».

En projet : un parc et une maison de la nature qui permettront de préserver la faune et la flore exceptionnelle et classée du site. « Il y a aussi une volonté avec Carqueiranne de réutiliser les bâtiments en contrebas. Le Conseil général du Var a un vrai engagement pour ce site », a conclu, optimiste, Jean-Louis Masson.


Gilles Carvoyeur

Telex

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Bassin minier: les blessures de Julien Lehut, fils d’un mineur gréviste de 1948

Publié le par REVEL Stephane

La ministre de la Justice a demandé à Bercy d’indemniser les mineurs grévistes de 1948 et leurs ayants droit. Julien Lehut se souvient de ce mouvement. C’était le combat de son père. Et le courage de sa mère. Celui qui l’a fait basculer d’ado à galibot. À 80 ans, il n’a jamais baissé les armes. Mais ses blessures d’enfance emplissent toujours ses yeux de larmes.

En 1939, Clément Lehut est mineur à la fosse 10 de Billy-Montigny. Communiste et syndiqué, il brave l’interdiction d’agir pour son parti, ses idées. Il est emprisonné à Cuincy. « Quand vous voyez votre père entre deux gendarmes, que vous avez 5 ans… J’ai couru, j’ai frappé les gendarmes. Je n’ai pas revu mon père pendant trois ans. » La gorge serrée, Julien Lehut lâche : « Une triste époque. » La guerre est déclarée. Henriette Lehut fait front pour ses enfants. « Heureusement que ma mère était courageuse, il fallait souvent courir aux abris… » Son regard reflète soudain la détresse de sa maman et la peur étouffée d’un petit bonhomme.

Clément Lehut réapparaît à la maison en 1942, après avoir été fait prisonnier en Allemagne. Il redescend à la fosse 6 de Fouquières, reprend ses activités politiques et syndicales, participe à la libération du Pas-de-Calais. Une bataille en chasse une autre. En 1948, il se lance dans la grève des mineurs. « Mon père était au piquet de grève, empêchait les mineurs d’aller travailler ou les sabotages. Il y a eu une grande manifestation avec CRS, gendarmes, armée, etc. Mon père a été tabassé, il a eu deux côtes cassées. Il a été soigné et caché par le grand-père de Bruno Troni, actuel maire de Billy-Montigny. » En septembre, c’est l’anniversaire de la sœur de Julien. Son papa sort de sa planque pour venir l’embrasser. Il est arrêté, emprisonné à Béthune.

« Il n’y avait plus de garçon à la maison pour avoir droit au logement. Il fallait un homme à la mine pour le garder. » Julien est collégien, il devient galibot à la fosse 10. « Je suis descendu à 14 ans. Je n’avais pas le choix. » Il faut faire vivre la famille. « Mon père était malheureux mais c’était un combattant. Son combat à lui. La famille trinquait derrière. Mais il fallait se battre pour les mineurs. Heureusement qu’il y a eu des gens comme ça. S’ils n’avaient pas été là, les congés payés et le reste, ça n’existerait pas. »

Julien ne quittera jamais la mine. La mine ne quittera jamais Julien. Aujourd’hui, installé à Noyelles-sous-Lens, il se bat pour la mémoire des gueules noires. Celle de son père, de ses camarades. « En vieillissant, on comprend que la vie est un éternel combat. Un combat pour être heureux, pour les autres, contre la maladie, l’injustice… »

Publié le 19/07/2014

PAR CAMILLE RAAD

La Voix du Nord

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