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Une mine d'antimoine fut exploitée à Ergué-Gabéric

Publié le par REVEL Stephane

Ergué-Gabéric eut ses propres mineurs de fond ! En 1911, un filon d'antimoine y fut découvert et une mine fut creusée deux ans plus tard. Histoire de cette exploitation aussi succincte qu'insolite.

Qui se souvient des mineurs de Kerdévot ? Ils furent jusqu'à 54 à descendre chaque matin dans les sous-sols d'Ergué-Gabéric pour extraire l'antimoine, un métal gris argenté aux usages multiples. Le filon avait été découvert en 1911, lorsqu'à la suite d'une journée de défrichage, les hommes de Niverrot - près de Kerdévot - brisèrent un bloc de pierre et y découvrirent « des fragments bleuâtres constellés d'éclats métalliques ».

Cette découverte, qui « tient quelque peu du conte populaire », est racontée par Jean-René Blaise. En 1974, jeune stagiaire géologue, il participe aux travaux de prospection minière relancés par le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM). La mine de Kerdévot est alors fermée depuis 46 ans. En 2007, retraité et installé à Ergué, il décide de revenir sur l'histoire de l'exploitation minière de l'antimoine à Kerdévot. Il amasse des archives et écrit un article très documenté pour Arkae, l'association pour la promotion du patrimoine d'Ergué-Gabéric.

Fabriquer des munitions

1911, donc. Un morceau du roc trouvé à Niverrot arrive dans les mains de l'abbé Favé, aumônier à Quimper, qui l'étudie et constate la présence d'antimoine. La découverte arrive aux oreilles de la Société nouvelle des mines de la Lucette, qui exploite des filons d'or et d'antimoine en Mayenne. 1913, elle demande une concession de 120 hectares à Kerdévot. Trois puits furent percés entre 1913 et 1915. « C'était la guerre, contextualise Jean-René Blaise. L'antimoine était alors utilisé pour durcir l'acier. Il servait à fabriquer des munitions. »

« Deux ou trois kilomètres sous la terre »

En 1915, 54 personnes travaillent pour la mine. Beaucoup sont ouvriers agricoles, ce qui cause quelques déconvenues : beaucoup d'hommes sont partis à la guerre, voilà que la mine les fait déserter les champs. Les cultivateurs et fermiers demandent même de l'aide au conseil municipal pour empêcher « domestiques de ferme et ouvriers agricoles d'abandonner les travaux des champs ».

Cette période est relatée dans un témoignage en breton, retrouvé dans les archives par Jean-René Blaise. Yann Even, ancien mineur, raconte : « Comment se passait la journée ? Nous travaillions pendant sept huit heures, mais nuit et jour [...]. Ainsi, je pouvais m'occuper de ma ferme pendant la journée. Nous extrayions de la terre et à l'intérieur se trouvait l'antimoine. Cette terre-là était remontée à la surface par la grue. » Le minerai était ensuite acheminé à l'usine de traitement des mines de la Lucette. L'exploitation s'arrêta en 1916 puis repris plus bas en 1927. Le filon fut vite épuisé et la mine ferma en 1928.

Dans les années 1970, les travaux de prospection du BRGM prirent huit ans. Mais elles n'aboutirent à aucune exploitation. Aujourd'hui, l'antimoine provient à 90 % des mines chinoises et est utilisé dans l'industrie. À Kerdévot, il ne reste de la mine qu'une vieille grille rouillée et les galeries abritent aujourd'hui une riche population... de chauves-souris !

Ouest France Publié le 26/11/2016

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