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Les tunneliers comptent sur Sainte Barbe

Publié le par REVEL Stephane

Le chantier du siècle n’a déploré que huit victimes entre 1996 et 2010. Les mineurs remercient leur patronne

Vincent Donzé - le 10 octobre 2010, 23h35
Le Matin

 

La roche qui s’effondre, un wagon qui déraille ou une grue qui bascule: ces risques sont quotidiens pour les mineurs engagés dans le percement du tunnel ferroviaire du Gothard. Le chantier du siècle a fait de nombreux blessés: 3500, selon les statistiques, qui englobent aussi les petits bobos comme une entorse ou une coupure. Mais les décès n’ont jamais été aussi peu nombreux.

Pour le syndicaliste Ambros Zgraggen, «chaque victime est une victime de trop». Depuis l’ouverture du chantier en 1996, le nombre de blessés est passé de 400 à 233 pour 1000 ouvriers. C’est une baisse de 40% qui réjouit les inspecteurs de l’assurance-accidents Suva. Et, à quatre jours de la jonction du tunnel qui mettra Zurich à 2 h 40 de Milan en 2017, le bilan de 8 morts pour 57 km est bien meilleur que celui des chantiers précédents (lire encadré).

«Pour éviter l’accident, il faut faire preuve de sérieux et de rigueur», indique le mineur valaisan Christophe Hurni, qui a passé cinq ans dans le tunnel. Un convoi de béton qui sort des rails et ce sont 200 tonnes qui écrasent tout sur leur passage. Le danger est partout et surtout au front, là où l’énorme tunnelier perfore la roche, quand elle n’est pas pulvérisée à l’explosif comme à Sedrun.

Offrandes
Les artificiers ne sont pourtant pas les premières victimes. Les causes d’accident sont multiples entre Erstfeld (UR) et Bodio (TI): un Sud-Africain a été enseveli sous des gravats, un Allemand a été tué net par la chute d’une perceuse tombée dans un puits de 800 mètres.

Ceux qui visitent le chantier sont frappés par les nombreuses banderoles «Stop Risk» déployées sous la voûte par le syndicat Unia. Mais les mineurs comptent aussi sur dame la Chance et plus encore sur sainte Barbe. «On sent sa présence: c’est une divinité qui nous protège. Sans elle, les accidents seraient plus nombreux», témoigne le mineur Christophe Hurni.

Bouquets, cristaux, bougies: les mineurs font des offrandes devant sa statue, dans une niche creusée aux entrées du tunnel. Si un jour est sacré, c’est bien le 4 décembre, fête de sainte Barbe. Patronne des mineurs et des tunneliers, elle donne droit à un jour férié. Traditionnellement, les ouvriers font ripailles, après un office religieux, à tel point que les chantiers restent fermés le matin suivant.

Les morts du Gothard

1882
13 morts par kilomètre pour le premier tunnel ferroviaire, soit 200 morts pour 15 km, entre 1872 et 1882. Lors d’une grève organisée en 1875, la troupe a tiré sur les ouvriers, faisant quatre morts. L’ingénieur genevois Louis Favre est mort sur le chantier en 1879.

1980
1 mort par kilomètre pour le tunnel autoroutier, soit 19 morts pour 17 km, entre 1970 et 1980. Le 5 septembre dernier, 30 ans après l’inauguration du tunnel prévu initialement à deux tubes, une messe a été célébrée et des couronnes ont été déposées au pied du monument érigé à la mémoire des ouvriers tués.

2010
1 mort par 20 km pour le second tunnel ferroviaire, soit 8 morts pour 57 km, entre 1996 et 2010. Un Sud-Africain a été enseveli sous des gravats, un Allemand a été tué net par la chute d’une perceuse tombée dans un puits de 800 mètres. Un hommage leur sera rendu lors de la jonction fêtée vendredi prochain.

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